30 août 2006

Adieu

Les jardins n’ont jamais été si beaux
que depuis que je sais.
Les arbres m’offrent leur ombre soyeuse,
mais dans leurs feuilles d’un vert tendre
souffle le vent des certitudes,
des lassitudes,
des servitudes,
des habitudes…
De mes lèvres s’évade
une voix errante,
un murmure,
un soupir qui crie en silence.

Mon cœur saigne
depuis que je sais.
La porte est entrouverte.
On voit le parquet luisant de la chambre.
Elle est vide. Ou presque.
On voit la fenêtre béante.
Elle pleure.
Et moi,
petite fille oubliée,
je gis sur le sol,
les cheveux dans le visage,
les ciseaux à la main.

Les joues crispées,
les yeux dans le vide,
un doux balancement m’agite.
On dirait un culbuto silencieux
qui ne s’arrêtera jamais de tanguer.
On dirait l’amour, dans sa valse lente,
dans sa valse chiante,
au fil de ma peau, au fleuve de ma vie.
Je n’y arrive pas.
Je n’ai plus la force.
Prends les ciseaux pour moi.
Mais ne regarde pas.

Rends-moi mes maux.
Rends-moi mon sang.
Rends-moi ma fièvre.
Rien qu’une fois.
Ou laisse-moi mourir !
Sans un bruit,
sans un rêve.
Rien qu’une fois…
Rends-moi mes mots…
Ou laisse-moi guérir !
Avant de partir,
je veux entrer dans la lumière…

Pour dire adieu aux roses blanches et pures.
Adieu aux temps où l’innocence brûlait les mains,
chantait dans les cœurs.
Je me vois dans un miroir brisé
où brillent des larmes éternelles.
Les fleurs ne respirent plus maman,
elles sont fanées,
elles ont perdu.
Adieu mon âme.
Adieu mon ange,
je ne rirai plus,
et tout est fini.


Aurore Denell