30 août 2006

Première Plume

Chers lecteurs,

Vous trouverez sur ces quelques pages le peu d'écrits que j'ai réalisé ces dernières années. J'espère qu'ils vous parleront autant qu'à moi lorsque je les ai transcrits sur le papier.

Je vous souhaite une excellente année 2008 !

Aurore Denell



Edit : Vous retrouverez peut-être mes textes sur d'autres sites d'écriture sur le web sous les pseudos d'Aurore, deborah21331, cathgarou, Pandora et Anailah. Je sais, ça fait beaucoup... N'en soyez donc pas surpris, et n'hésitez pas à me contacter.

Métro

Il est une voie, deux voies,
des voies à l’infini,
où les murs pleurent leurs meurtrissures,
leur cupidité du rien.
Il y fait nuit,
ou presque.
Les gens y passent
et puis trépassent.
Obsédés par le temps
qui court,
ils poursuivent les aiguilles,
à perdre haleine,
toujours plus vite, toujours plus vides.

Vois les zombies
du grand chemin.
Je les regarde bien, moi !
Je fixe l’œil perdu, gai, rêveur,
mélancolique,
parfois.
J’aspire. Je me nourris
de l’essence terne
qu’on trouve ici
dans les bas fond de l’Humanité.
Je hante la multitude.
J’arpente son sol
à coup de crayons.

Quand les portes s’ouvrent,
les esprits se ferment.
A tout.
A tous.
A toi.
On observe. On se guette.
On s’oublie.
On apprend.
« Quoi ?
- Pas grand-chose.
- Pourquoi ?
- Il n’y a rien à savoir… »
… de plus.

On sort de ce monstre.
Le quai ressemble à une bouche avide,
à une voie de garage,
une voix de malheur.
On écoute.
Les noms défilent.
Les lettres s’enfilent.
On dirait un collier de perles
brisées.
Les paupières se baissent,
pour ne plus voir.
Et puis c’est la fin.
On marche jusqu’à la lumière.

On quitte le tube,
sur la musique d’une vie.
Métro boulot.
Métro.
Dodo.


Aurore Denell

Solange

Les lettres s’enchaînent et se ressemblent,
se rassemblent, en un petit tas blanc,
dans un bureau trop vide.
Sur certaines, un léger parfum erre peut-être,
vestige d’une main habile,
subtile,
fragile.
Sur d’autres, un court poème, un gentil souvenir,
comme celui-ci,
vient égayer la page où un numéro et une phrase
apparaissent,
tâches d’encre rieuses sur le papier glacé.
Et Solange, la belle Solange
ouvre des enveloppes anonymes.
Sans saveurs ni couleurs.
Café.


Aurore Denell

Adieu

Les jardins n’ont jamais été si beaux
que depuis que je sais.
Les arbres m’offrent leur ombre soyeuse,
mais dans leurs feuilles d’un vert tendre
souffle le vent des certitudes,
des lassitudes,
des servitudes,
des habitudes…
De mes lèvres s’évade
une voix errante,
un murmure,
un soupir qui crie en silence.

Mon cœur saigne
depuis que je sais.
La porte est entrouverte.
On voit le parquet luisant de la chambre.
Elle est vide. Ou presque.
On voit la fenêtre béante.
Elle pleure.
Et moi,
petite fille oubliée,
je gis sur le sol,
les cheveux dans le visage,
les ciseaux à la main.

Les joues crispées,
les yeux dans le vide,
un doux balancement m’agite.
On dirait un culbuto silencieux
qui ne s’arrêtera jamais de tanguer.
On dirait l’amour, dans sa valse lente,
dans sa valse chiante,
au fil de ma peau, au fleuve de ma vie.
Je n’y arrive pas.
Je n’ai plus la force.
Prends les ciseaux pour moi.
Mais ne regarde pas.

Rends-moi mes maux.
Rends-moi mon sang.
Rends-moi ma fièvre.
Rien qu’une fois.
Ou laisse-moi mourir !
Sans un bruit,
sans un rêve.
Rien qu’une fois…
Rends-moi mes mots…
Ou laisse-moi guérir !
Avant de partir,
je veux entrer dans la lumière…

Pour dire adieu aux roses blanches et pures.
Adieu aux temps où l’innocence brûlait les mains,
chantait dans les cœurs.
Je me vois dans un miroir brisé
où brillent des larmes éternelles.
Les fleurs ne respirent plus maman,
elles sont fanées,
elles ont perdu.
Adieu mon âme.
Adieu mon ange,
je ne rirai plus,
et tout est fini.


Aurore Denell

Désillusion

Un oiseau décharné
s’envole,
laissant ses plumes d’un noir d’encre flotter
aux quatre vents.

Il emporte avec lui ce qui restait d’une âme usée
par la cupidité et la luxure d’un autre.
Douce souffrance invisible et nue,
réveillée par un amour étiolé et brisé…

Des mots gravés au fer rouge,
un cœur qui refuse de guérir,
des larmes qui s’évadent loin de toute vitalité,
une mort lente et délicieuse

avivée par la chaleur d’une douleur
qui supplie que vienne la fin.
Son esprit soupire.
Son corps se déchire.

Sa colère lui donne des ailes,
mais pour aller où ?
Là-bas, ailleurs, loin de tout, loin de lui.
Elle voit

un cimetière aux sépulcres fleuris,
où il est là à l’attendre en souriant.
Sa main se lève.
Il lui montre quelque chose.

Les doigts de l’égarée se tordent,
Ses lèvres tremblent.
Dans un dernier effort,
elle aperçoit le corbeau qui l’a rejointe.

Elle n’est plus seule.
Elle lève les yeux sur lui.
Lui qui marche sur la tombe de ses rêves,
et de ses illusions fanées…


Aurore Denell

Flamme Mourante

Une onde de ténèbres traverse la lande endormie,
Silence.
Dans la plaine, droit comme la Faux, le bûcher s’élève,
la pauvrette est en transe.
L’homme en noir vêtu de sa robe de flanelle
regarde la créature, sur l’herbe verte avachie.

Aeris, Aeris l’innocente prie en regardant le ciel.
Son corps dénudé couvert de sang
se fond avec la dague vermeille
plantée dans son dos.
Sa petite main potelée pend
le long des bûches criminelles couvertes d’os.

Le vent assassin se tourne vers elle,
Messager de celle qui porte la croix.
Flamme mourante, elle oscille vers la fin
et transmet sur sa route la bonne nouvelle :
La sorcière s’empare du malin
et avec sa semence elle croît puis décroît.

Alors, le brasier renaît.
Souffrance.
De la chair impure, le feu purificateur se repaît.
La guérisseuse, jusqu’au mont des morts, s’avance
et de son doigt béni, la vie s’échappe comme une source claire.
Elle brisera le secret des suppliciés et de leurs cendres croupies jaillira la lumière.


Aurore Denell

Ame solitaire

Un éclair zèbre le ciel
hanté par mes vieux souvenirs.
Ton cœur meurtri boit mes larmes.
La fin est proche.

Ton sourire se fait plus vivant chaque seconde,
alors que ton petit corps s’apprête à mourir,
ton âme à s’envoler parmi nos ancêtres
dans la vallée enchantée et son cercle de pierres.

Regarde comme ils sont beaux
dans leurs toilettes blanches !
J’ai presque fini la tienne.
Elle brille déjà des feux de milliers d’étoiles.

Ecoute ! Le tonnerre joue pour toi
la plus merveilleuse des mélodies.
Il est ton requiem doré.
Ne l’oublie pas.

L’épais manteau de nuages se craquelle
et révèle la couleur blafarde de la lune.
Elle est ta sœur maintenant.
Mon temps est révolu.

Ta main tremble dans la mienne
et tu chantes cette chanson venue du paradis.
Ce seront tes dernières paroles,
une mélopée d’amour et de terreur

que je suis seule à comprendre,
parce que je ne suis plus là moi non plus.
Une forme sans vie gît à tes côtés,
un puissant venin coule dans ses veines.

Un fantôme rieur la regarde de haut
et lui fait des signes joyeux.
Tu dois le rejoindre
car lui et moi nous ne faisons plus qu’un.

La pluie recommence à tomber contre les vitres.
Je t’attends ma chérie !
Joins-toi à moi dans les brumes éternelles
où nous nous aimerons pour toujours.

Quitte ta prison charnelle,
pour que mon sacrifice ne soit pas vain !
Joins-toi à moi dans le silence des landes verdoyantes.
Tu sais que les spectres des anciens y fleurissent en paix.

Un frémissement t’agite.
Tu ouvres les yeux.
Tu pleures et tes bras me serrent mais je ne les sens pas.
Je suis morte et tu as choisi de vivre.


Aurore Denell